Rennes veut reconquérir ses places

Logement et urbanisme
place St Sauveur, végétalisée en septembre 2018
La place St Sauveur, végétalisée en septembre 2018 : un nouveau point de vue sur l'espace public. (Julien Mignot)

Ce 5 mars, les habitants étaient invités à faire le point sur l'avenir du cœur de Rennes. Un bilan de la concertation Rennes 2030, où il a été beaucoup question d'une envie largement partagée : reconquérir les places.  

89% des Rennais souhaitent l'aménagement des "petites" places patrimoniales

 "Chaleureux", "agréable pour y flâner", "animé", les Rennais aiment leur centre-ville, certes. Mais ils sont aussi 89% à trouver que son cœur a "trop de belles places inexploitées", des "places dommage", comme ils disent. Comprendre : sans usage et sans identité. 

Cette forte majorité d'habitants souhaite revoir les places Champ-Jacquet, Parcheminerie, Toussaints, Saint-Sauveur, Calvaire… Actuellement "occupées par du stationnement", lieu de passage, elles n’offrent que peu d’occasion "de s’étonner", "de s’y poser". Les habitants souhaitent un aménagement qui révélera leur patrimoine et accordera de l'espace pour de nouveaux usages conviviaux. 

Les places aujourd'hui

A chacune son style

Selon les habitants, ces nouvelles places proposeraient de nouvelles manières de profiter de ces espaces, y compris de façon temporaire : aménagements de détente, sportifs, ludiques, festifs, récréatifs… L'objectif final étant de favoriser le "vivre ensemble" sur ces espaces. 

Chacune pourrait développer sa personnalité, son ambiance : la place St-Melaine, à l'entrée du Thabor,  serait la verdoyante, Champ-Jacquet en mettant en valeur ses pans de bois serait la médiévale, la place Commeurec , devant la Criée-Halles centrales serait étiquetée l'épicurienne….

Très clairement, sur les petites places du centre-ville, on y va ! On démarrera les chantiers après la mise en service de la ligne b du métro. On pourrait commencer par la place de la Parcheminerie, puis Champs Jacquet, Toussaints... On peut même aller assez vite : objectif 2020-2021-2022

Pour Nathalie Appéré, maire de Rennes, si les esquisses présentées ne sont en rien des projets, la voie est tracée

Des places qui font débat

Si les idées convergent pour Champ-Jacquet, Parcheminerie et Toussaints, d'autres places ne mettent pas encore tout le monde d'accord.

Place Commereuc

Les halles de la Criée sont "un très beau bâtiment à la fois esthétique et patrimonial", mais la place Honoré Commeurec est plutôt un "parking avec beaucoup de trafic plutôt qu’un espace public". Mais c’est aussi "un pôle important de commerces à Rennes. Si on supprime les voitures, je crains que les gens aillent en périphérie faire leurs courses." 
Lors des échanges entre habitants, des compromis ont été envisagés : conserver le parking de la place et y organiser de manière ponctuelle des événements, comme le Marché à Manger, et transformer le parking intérieur en patio végétalisé, "une bulle coupée des bruits aux alentours", dédiée à l’alimentation et à l’artisanat. 
Ainsi aménagée, cette place deviendrait "l’épicurienne", dédiée à la fonction de "pôle gourmand", avec la mise en place "d’un marché permanent, d’échoppes ouvertes, de foodtrucks, de bacs potagers, d’animations"... 

Place du Parlement

Tout le monde s'accorde sur l'envie de souligner le côté "majestueux" de la place du Parlement de Bretagne,  d'en faire "un lieu de contemplation plutôt et non d’usages ou d’événements".

Mais les avis divergent sur le niveau d’intervention. Certains imaginent des aménagements forts avec "une grande fontaine" par exemple, et la "suppression des stationnements des deux côtés de la place", alors que d’autres souhaitent une intervention plus légère, "de nouveaux bancs", "de la végétation basse".

pouce vers le haut

40% des habitants sont favorable au réaménagement de la place du Parlement

pouce vers le bas

30% des habitants sont contre le réaménagement de la place du parlement

"Ne pas se louper" sur le parking Vilaine

Le parking Vilaine est sans doute le lieu suscitant le plus de débat et de désaccord. Un site sur lequel «il ne faut pas se louper».
40% sont opposés à la transformation de ce parking jugé «utile à l’accessibilité au cœur de ville», et «indispensable à la vitalité des commerces».
46% sont favorables à son aménagement.
Et là, 2 options : 
- On retire la dalle, qui est un îlot de chaleur, parce que «Rennes doit renouer avec son fleuve et valoriser sa présence». Ce scénario est proposé sous deux conditions : «faire de ce lieu un attracteur suffisamment puissant pour générer à lui seul une envie de venir en cœur de ville», et «renforcer par ailleurs les conditions d’accessibilité du centre-ville». 
- On aménage la dalle parce que «découvrir la dalle serait coûteux et pas nécessairement pertinent» pour s’inspirer du mail François Mitterrand, «dans une version beaucoup plus végétalisée», avec des terrasses, un marché, des aires de jeux... en y intégrant «un marqueur culturel fort», qui pourrait devenir «l’élément identitaire de Rennes»

pouce en l'air

46% des habitants sont pour la transformation du parking Vilaine

pouce vers le bas

40% des habitants sont contre la transformation du parking Vilaine

Dialogue avec les habitants

Le projet urbain parle des sols, des façades, mais pas beaucoup des toits. Or, ils sont un enjeu de développement durable. Un toit pentu, c'est la possibilité de produire de l'énergie. Des toits plats, c'est la possibilité de végétaliser.
Nathalie Appéré :
" Cette question revient plus dans le Plan climat air énergie territorial (PCAET) que dans le Plan local d'urbanisme. Nous privilégions la végétalisation sur les constructions neuves car sur les anciennes, cela pose des problèmes d'étanchéité (nous sommes en Bretagne!) Même chose pour poser du photovoltaïque : il y a des réalisations et des projets sur les équipements publics, mais en centre, le double pan en ardoise fait partie du patrimoine breton et l'Architecte des bâtiments de France y veille." 

Que ferez-vous pour la perméabilisation des sols. La place Sainte-Anne est refaite et il y a beaucoup de minéral...
Nathalie Appéré :
"La place Sainte-Anne n'est pas terminée, dans la partie restant à réaliser il y aura des arbres en pleine terre. De plus, nous utilisons maintenant des enrobés végétaux. Mais ceux-ci ne conviennent pas actuellement pour les espaces de grande fréquentation. Nous en mettrons en priorité dans les écoles du centre. A l'avenir, ce matériau évoluera et permettra peut-être d'avantage d'utilisations..."

Avez-vous des projets de transports fluviaux? 
Nathalie Appéré :
"Il faut différencier les usages ludiques et les modes de déplacements, où il faut aller vite. Pour les seconds, les écluses sont des obstacles à la vitesse. Mais prendre une pénichette pour la visite, on l'a fait pendant les rencontres Rennes 2030 et on a trouvé ça sympa ! "

Est-ce que vous allez faire des choses pour diminuer la consommation d'énergie des lampadaires ou développer la trame noire ? 
Nathalie Appéré :
"On est tous d'accord pour lutter contre le réchauffement climatique et on sent tous qu'on est mieux quand on rentre chez soi la nuit dans une rue éclairée. On a testé la trame noire (extinction des lumières) et il y a souvent eu des levers de boucliers des riverains. On va continuer mais en essayant de trouver le consensus...en expliquant pourquoi on le fait."

Vous n'avez pas concerté sur le Palais du commerce ? Y aura-t-il une concertation avec les riverains sur l'extension très haute et toute noire du bâtiment (de la Poste à République) côté place Joffre, où il y a des arbres ?
Nathalie Appéré :
"D'abord, savoir que le bâtiment de La Poste est un bâtiment privé. Il ne peut pas y avoir de concertation organisée par la mairie.  Le projet choisi est celui qui s'étendait le moins sur la place. L'extension est nécessaire pour l'équilibre financier du projet.  Le projet n'est pas noir, mais tout en verre. Le projet va vivre sa vie (la construction se fera dans 6 ans). Il y aura sur les espaces publics une concertation et une compensation végétale. "