La Porte ou les Portes mordelaises ? Les deux s'emploient à travers les usages et les livres savants. Tantôt la Porte, tantôt les Portes mordelaises. Il est vrai que la "rue des Portes-Mordelaises", côté cathédrale, débouche sur deux portes, l'une piétonne, l'autre charretière, chacune avec son pont-levis. 

Les portes, les deux tours du châtelet, les mâchicoulis... forment un ensemble remarquable d'architecture militaire médiévale. Mais les fouilles ont révélé que cette entrée de ville est bien plus ancienne : là se trouvait l'une des portes de la première enceinte autour de la ville antique, dès le IIIe siècle. 

La porte des ducs de Bretagne

Vous ne connaissez pas bien l'histoire des Portes mordelaises ? Laissez Gilles Brohan, animateur du patrimoine, vous les raconter... Passionnant !

Une ville, trois ceintures successives, depuis le IIIe siècle.

Le plan Hévin (vers 1687) représente les remparts de la ville à différentes époques (mais qui n'ont jamais cohabité tels quels dans la réalité) : "A" la vieille ville ou Cité (enclose fin du IIIe siècle). En haut à gauche, la cathédrale et les Portes mor

(Archives de Rennes)

INCESSANT RENOUVELLEMENT DE LA VILLE

Cette porte, "on en est sûr à 90 %" depuis les fouilles conduites par Elen Esnault, de l'Inrap, "est construite sur une base datant du Bas Empire (romain)". Ce qui signifie que, depuis le IIIe siècle de notre ère, ici en particulier, la ville s'est reconstruite sur elle-même. La preuve se trouve dans les différents agencements
de pierres, qu'il faut savoir décrypter. 

Matthieu Le Boulch, doctorant en histoire et archéologie au Musée de Bretagne, est passé expert dans la lecture "des pièces du puzzle". Et, justement, entre la Porte mordelaise et la tour Duchêne, il y a fort à voir. Cette portion de mur d'enceinte remonte à l'époque antique. Vers le IIIe siècle, l'enceinte est élaborée sans fossé. Celui-ci ne sera creusé qu'à l'époque médiévale. Ce creusement a nécessité de renforcer le mur antique. On trouve donc des techniques de construction du Moyen Âge, sous une partie datée du IIIe siècle. 

Porte Mordelaise
Une partie du rempart, la tour Duchêne et le jardin Hyachinthe-Lorette : à l'époque médiévale, pas de jardin mais une douve inondée par la Vilaine. (Vue depuis la place Foch, près de la place de Bretagne. A gauche, la rue Nantaise). (C. Simonato)

Déjà à l'époque antique, les bâtisseurs sont adeptes du réemploi. Dans les murs du IIIe siècle, on retrouve des blocs avec des inscriptions qui permettent de les dater entre 198 et 273. Dans leur premier usage, c'étaient des bases de statue, de colonne… Plusieurs beaux spécimens sont à voir dans l'exposition permanente du Musée de Bretagne, récupérés lors de chantier de construction sur les quais de la Vilaine (quai Duguay-Trouin) en 1968. 

Porte Mordelaise
Au Musée de Bretagne, des stèles et colonnes, réutilisées comme matériau de soubassement dès l'époque antique (entre les Ier et IIIe siècles). (A. Amet - licence CC BY SA)

Pourquoi ces réutilisations ? "Le sous-sol rennais est principalement composé de schiste bleu, assez friable et difficile à tailler, qui ne se prête pas bien aux constructions, en particulier de soubassement". Les constructeurs doivent donc aller chercher de la pierre granitique dans les environs de Combourg ou Dingé ou des plaques de schiste rouge à Pont-Réan. Si le matériau se trouve sur place, on évite les frais et le temps de transport. Matthieu Le Bouch précise encore : "Au IIIe siècle, le cœur de la ville se déplace vers l'actuelle cathédrale. L'édification des 1 200 m d'enceinte s'est faite en réutilisant des pierres de bâtiments délaissés ou détruits pour faire de l'espace autour de la nouvelle ceinture." 

Porte Mordealaise
Exemple au niveau du numéro 16 de la rue Nantaise, une baie (fenêtre) rebouchée. Les doubles arceaux qui la surmontent permettent de la dater du XIIe ou XIIIe siècle. "C'est vrai que la ville se reconstruit sur elle-même, mais pas de façon forcément linéa (C. Simonato)

"L'intérêt est presque toujours de réemployer les matériaux et les plans existants", raconte Matthieu Le Boulch, sauf quand on veut dessiner un schéma de ville différent." Exemple avec la reconstruction de Rennes, après l'incendie de 1720 :
la portion de l'enceinte qui venait juste derrière la place de la mairie a été détruite car la ville a adopté un plan en damier, classique, avec de larges rues et de grandes places royales.

Porte Mordelaise
1976, les Portes mordelaises mal en point ! Après l'incendie de 1720, les tours sont transformées en immeuble de rapport pour reloger les Rennais : un étage et une toiture sont ajoutées, les tours sont remaniées de l'intérieur par leurs locataires au gré (Archives de Rennes -100 FI 679 - Vue sur la Porte mordelaise, XXe siècle)

LES JARDINS DES REMPARTS

De septembre 2018 à 2021, le réaménagement des Portes mordelaises et la création des jardins des remparts apporteront une nouvelle perspective sur cette trace du passé de coeur de ville .

Avant les travaux, visualisez les aménagements comme si vous y étiez :

Les travaux commencent à l'hiver 2018. Vous pouvez suivre l'avancement du chantier grâce à une caméra surplombant le site des portes. 

L'ensemble des vestiges et des monuments historiques sera restauré et mis en lumière.

(vue Concepto)