Quand on évoque les maisons à pans de bois, on pense souvent au centre historique de Rennes. Pourtant, il y a eu de nombreuses constructions de ce type dans tout le Pays de Rennes et certaines sont encore visibles. Prêts pour une balade à travers les siècles dans la métropole ?

De bois et de terre

Maison Leumel, à Saint-Sulpice-la-Forêt. Région Bretagne - ivr53_20193500852nuca

La construction en pan de bois, dans la métropole rennaise et plus largement dans le pays de Rennes, s’étale sur près de 500 ans, du XVe jusqu’au XIXe siècle. « Cette pratique est liée notamment à la nature géologique du bassin rennais, un sol argilo-limoneux et peu de pierres sur place pour bâtir. Le bocage, avec l’émondage des arbres, offre par ailleurs une ressource peu coûteuse », précise Jean-Jacques Rioult. Conservateur en chef du patrimoine au service de l’inventaire du patrimoine culturel de la région Bretagne, il est l’un des auteurs, avec Stéphanie Bardel, de l’ouvrage Architectures en pans de bois dans le pays rennais, un patrimoine insoupçonné.

Autre élément, le coût du transport des matériaux. « Jusqu’au XIXe siècle, celui-ci va rester élevé » explique Gilles Brohan, animateur du patrimoine de l’office de tourisme de Renne. Ce n'est qu'avec l’avènement du chemin de fer, notamment, que la pierre va progressivement remplacer le bois dans les constructions. Du bois pour les murs, donc, et de la terre et de la paille pour le torchis. Et un savoir-faire des charpentiers qui va se perfectionner au fil des siècles.

De l'âge d'or au déclin

Les maisons à pans de bois du centre-ville de Rennes sont bien connues. Mais il y a eu, et il y a encore beaucoup de pans de bois dans les « faubourgs » et la campagne. Si on trouve des logis-porte dès le XVe siècle, « c’est au XVIe siècle que les pans de bois sortent de la ville, avec les retenues, maisons de villégiatures, que les bourgeois rennais construisent à l’extérieur de la ville. » Cette technique, qui remplit à la fois une fonction structurelle et esthétique, s’applique à une grande diversité d’usages : manoir, ferme, grange, appentis, clocher… Du XVe au XVIIe siècle, c’est l’âge d’or du pan de bois, avec des modèles variés.

Le milieu du XVIIe siècle voit un net recul de cette pratique. « On construit toujours en pan de bois, mais ils sont, à partir de cette époque, cachés par des enduits. Seule perdure la fonction structurelle », explique Stéphanie Bardel. Repérer ces constructions peut s’avérer difficile, d’autant que ces enduits sont parfois travaillés de sorte à imiter la maçonnerie, les pierres d’angle. » Au XIXe siècle, le pan de bois s’affiche à nouveau. « C’est le goût du pittoresque, que l’on retrouve notamment dans le patrimoine industriel. »

Pour aller plus loin : Architectures en pans de bois dans le pays rennais. Un patrimoine insoupçonné. Locus Solus Éditions (2019). Région Bretagne, Service de l’Inventaire du patrimoine culturel. Disponible en librairie ou auprès de Locus Solus.

Rennes, entre bois et couleurs

Angle de la rue de la Psalette et de la rue du Châpitre (Arnaud Loubry)

Rennes ne compte pas moins de 370 maisons à pans de bois, soit le plus important patrimoine de Bretagne. Malgré l’incendie de 1720, qui épargna quelques quartiers, la capitale bretonne est riche d’exemples de constructions, du XVe au XVIIIe siècle.

Rennes présente une double particularité. « Le cœur de ville historique est dense, avec un parcellaire en lanière hérité de l’époque médiévale,  » indique Gilles Brohan. Les maisons sont étroites, avec 1 à 2 pièces en rez-de-chaussée, de même aux étages suivants. Au rez-de-chaussée, un couloir traversant sur le côté débouche sur la cour et un escalier en vis dessert les autres étages.
Autre particularité rennaise : « jusqu’au XVIIe siècle, les maisons sont totalement en bois, contrairement à d’autres villes où seule la façade , voire les pignons sont en bois, tandis que les murs mitoyens sont en pierre. » Ainsi, place du Champ-Jacquet, au moment du percement de la rue Leperdit, c’est tout l’ensemble qui a bougé, témoignant par ailleurs de la souplesse de la construction en bois !
Par ailleurs, « il s’agit surtout de l’habitat individuel, avec des commerces au rez-de-chaussée. En journée, le commerçant ouvre son étal, où il propose sa marchandise, et, au-dessus, l’ouvroir, qui le protège. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que l’on rentre dans le commerce. » Un exemple à découvrir rue Saint-Michel…

Les quatre temps du pan de bois

« Les premiers éléments présents à Rennes datent du XVe siècle. Toutefois, il y a peu de constructions non remaniées », lance Gilles Brohan. On peut en admirer rue Saint-Georges, rue Saint-Sauveur, ou encore rue de la Psalette, où subsistent quelques rares exemples de constructions du XVe qui ont pratiquement conservé leur structure d’origine. C’est lors de ce siècle que se développent les encorbellements (parties avancées d’un étage). « Auparavant, on utilise des troncs de grande hauteur. Mais les guerres, notamment la guerre de Cent Ans, sont passées par là et les arbres disponibles sont jeunes. On monte alors les maisons, étage par étage. » 

Au XVIe siècle, c’est l’apparition des décors sculptés. « On distingue deux périodes : le début de la Renaissance, avec des personnages simplifiés, puis l’influence de la 2e Renaissance. Désormais, les décors reprennent ceux du château de Fontainebleau, avec des profils humains identifiables : les propriétaires, des personnages illustres… »

Au XVIIe, c’est l’apparition des façades plates, des couleurs, mais aussi un appauvrissement des décors. Un bel exemple de ce type de bâti se trouve rue du Chapitre, dont on a découvert les dernières peintures connues lors de la rénovation, en retrouvant des traces de peinture sur les chevilles, cachées dans le bois : pans de bois jaune, enduit rouge et bois bleu (fenêtres, notamment).

Au XVIIIe siècle, les pans de bois sont complétement enduits. Des édits royaux ordonnent que les façades soient désormais enduites, pour limiter les incendies (de premiers édits avaient déjà préconisé cette pratique, dès le XVIe siècle).

Pour aller plus loin : L'office de tourisme de Rennes propose régulièrement des visites du centre historique incluant les pans de bois. Une visite spécifique "pans de bois" sera proposée au mois d'avril.

Un patrimoine fragile à préserver

La Chapelle-Thouarault : ancienne forge artisanale. Détail.

La richesse du patrimoine métropolitain en pan de bois a été révélée lors d’un inventaire plus complet. Cet état des lieux a permis une prise de conscience de sa fragilité, donc de la nécessité de le préserver et de mettre en place des actions pour permettre aux habitants de mieux connaître et comprendre ce pan de notre histoire commune.

« Lors de l’élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal, nous avons souhaité disposer d’un inventaire du patrimoine local, avec une base homogène sur l’ensemble des communes », indique Jeanne Renan Marty, du service Planification et Études urbaines de Rennes Métropole. Cet inventaire, réalisé en partenariat avec la Région Bretagne et le Master 2 Restauration et réhabilitation du patrimoine bâti de Rennes 2, a permis de mettre en lumière les constructions en pan de bois, un patrimoine peu connu et fragile, présent dans des constructions très diverses, du simple appentis au manoir.  « L’enjeu en est non seulement la préservation d’une technique ancienne mais aussi sa redécouverte pour les constructions actuelles. »

Renouer avec un savoir-faire ancien

Au fil des siècles, les charpentiers avaient acquis un savoir-faire remarquable. Mais avec la fin des constructions en pan de bois, la connaissance des techniques s’est peu à peu perdue. « Dans les années 1980, peu de professionnels maîtrisaient les techniques liées au bâti ancien, témoigne Gérard Lenain, président de Tiez Breizh, association spécialisée sur la sauvegarde, la connaissance et la mise en valeur du patrimoine et de son environnement. Au-delà du savoir-faire, il faut un œil ‘averti’ pour repérer les techniques mises en œuvre. Et cela aussi avait quasiment disparu. » D’où de nombreuses erreurs de restauration, ne respectant pas la nécessité des structures d’être protégées de l’eau ou de l’humidité – grâce aux coyaux des toitures, par exemple, – ou de respirer – si le pan de bois n’a pas été prévu pour être recouvert, il ne doit pas l’être ! « On cherche aujourd’hui un confort qui n’était pas celui des siècles passés, mais la réhabilitation doit se faire en respectant certaines règles. »  Sauvegarder les pans de bois, c’est permettre de retrouver les savoir-faire, en observant et en analysant leur architecture afin de comprendre comment ils ont été construits. « C’est la condition pour retrouver les gestes d’autrefois. »