Les visières des pompiers en imprimante 3D

Santé et social
Les pompiers de Rennes testent des visières pour éviter la buée quand ils portent des masques
Les pompiers de Rennes testent des visières pour éviter la buée quand ils portent des masques (J.Mignot)

Fabriquer des équipements en un temps record, adaptés et adaptables à souhait : c'est la force des makers, ces citoyens bidouilleurs et passionnés qui réalisent toutes sortes d'objets grâce à une imprimante 3D. Exemple dernièrement : des visières de protection pour les pompiers.

Quand les pompiers partent en intervention, le port d'un masque peut générer de la buée sur les lunettes. Surtout quand ils font appel à leur force physique, pour descendre un brancard sur quatre étages par exemple.  Les pompiers rennais s'en sont vite rendu compte quand ils ont commencé les interventions nécessitant une protection particulière en cas de suspicion de coronavirus. Goulven Cornec et Mathieu Eliot sont deux pompiers de la caserne du Blosne.  Quand ils ont appris sur les réseaux sociaux que des personnes commençaient à fabriquer des visières pour le personnel soignant, ils ont proposé à leur hiérarchie de tenter une expérience. Le commandant Knoepffler a pris contact avec Norbert Friant, le responsable du service numérique de Rennes Métropole qui a fait le lien avec les réseaux des makers. "Nous les connaissons et les soutenons depuis longtemps" explique ce dernier.  

Après plusieurs allers et retours entre le commandant et les makers, quatre  types de visières ont été proposées aux pompiers : avec différentes accroches, avec des pinces, des œillères…L'ensemble  des véhicules des trois centres de secours de Rennes (Villejean, Beauregard et Le Blosne) ont été équipés, soit une soixantaine  de visières. Ces équipements sont en cours d'utilisation dans les véhicules d'intervention et les pompiers qui les testent sont invités à répondre à un questionnaire sur leur usage. "Avec la baisse du nombre de cas de personnes suspectées d'être infectées par la covid-19, leur utilisation s'est réduite" souligne le commandant. Mais ces visières peuvent être utilisées pour toute intervention lorsqu'il y a risque de projection… " Nous en avons utilisé dernièrement lors d'un accouchement en urgence", illustre Goulven Cornec.

L'intérêt de ce partenariat mis en œuvre presque naturellement entre les makers et les pompiers a bien été la souplesse et la rapidité.

Norbert Friant, responsable du service numérique de Rennes Métropole

Dès le début de la crise sanitaire, des makers ont commencé à réaliser des visières, en partant de fichiers existants en open source. Jean-Baptiste le Clec'h,  l'un des coordinateurs des makers d'llle-et-Vilaine raconte : "Au début nous  étions un peu méfiants car cela touchait au domaine médical" . Mais les makers ont eu des retours directs du CHU et parallèlement les demandes ont explosées. Les coordinateurs se sont alors dit que " c'était mieux que rien" et ont choisi d'accompagner le mouvement. 
Ils ont ouvert une page facebook pour centraliser les demandes, et ont organisé les livraisons. "Une fois que les makers avaient fabriqué leur visière, une équipe de runners allait les chercher à leur domicile", raconte Jean-Baptiste le Clec'h. Ils les ramenaient au local du LabFab, à la maison des associations de Rennes, pour les désinfecter. Tout ça en vélo, et avec une proximité maximale. Une expérience qui, malgré la dureté de la période peut faire se réjouir le coordinateur : "Nous avons eu une bonne surprise avec ce mouvement".

6000 visières en Ille-et-Vilaine

" Ce système qui fonctionne entre dans le courant des Fabcity" explique Bérengère Amiot, la présidente du réseau LabFab de Rennes Métropole qui en regroupe 14. Un mouvement né à Barcelone qui soutient les initiatives citoyennes valorisant une économie locale pour plus d'autonomie. " Cela montre que, quand la mondialisation ne fonctionne pas, il reste possible de diffuser le savoir pour produire localement". 
Après le déconfinement, les makers ont toutefois repris une activité presque "normale". Et la grande majorité ont arrêté de fabriquer des visières en nombre. " Nous ne sommes pas là pour concurrencer les entreprises donc nous stoppons là nos interventions ", conclut Bérengère Amiot. Toujours est-il que l'expérience aura été marquante pour le mouvement de makers, ces citoyens engagés et proactifs.

Désinfections des visières fabriquées par les makers au LabFab de Rennes
Désinfections des visières fabriquées par les makers au LabFab de Rennes (J. Mignot)
6000 visières

6000 visières réalisées par les makers en Ille-et-Vilaine

148 à Rennes

148 makers à Rennes