Le télétravail en heure de pointe, une option à découvrir

Transports
Circulation zone Atalante-Beaulieu
Circulation zone Atalante-Beaulieu (Didier Gouray)

Depuis le déconfinement, nombreux sont ceux qui télétravaillent encore, au moins ponctuellement. L’occasion de réfléchir aux différentes solutions qui pourraient contribuer à fluidifier les déplacements. Parmi celles-ci, le télétravail en heure de pointe. Explications et témoignage.

« La concertation réalisée en 2012 avec l’université de Rennes 2 et Keolis a montré qu’en décalant d’un quart d’heure le début des cours pour une partie des étudiants, on supprimait l’hyper-pointe de 8h dans le métro », rappelle Catherine Dameron, responsable du Bureau des Temps de Rennes Métropole. Appliqué aux déplacements domicile-travail, le matin en particulier, le décalage de l’heure d’arrivée aurait nécessairement des conséquences positives sur la fluidité de la circulation. « On sait que 5 à 10 % de déplacements en moins suffirait », souligne Catherine Dameron. Mais la démarche menée avec Rennes 2 est difficile à transposer avec les entreprises. « D’une part, cela suppose de nombreux interlocuteurs. D'autre part, les entreprises n'imposent pas des horaires fixes à tous leurs salariés, et notamment pas aux cadres. »

 

Réfléchir sur les normes sociales

Paradoxalement, les cadres, qui bénéficient davantage d’horaires libres, travaillent le plus souvent selon des horaires classiques. « En 2018, l’étude que nous avons mené sur la zone d’emploi d’Atalante-Beaulieu a montré que si 80 % des salariés disent avoir des horaires libres, 90 % d’entre eux arrivent toujours à la même heure, entre 8h30 et 9h. » Si pour un tiers, cela résulte de contraintes d’enfants à déposer à l’école, d’autres évoquent les réunions, le peu de places de stationnement ou encore les rendez-vous avec des clients. « En fait, le poids des normes sociales est encore très fort. C’est la peur du regard des autres si l’on arrive à 10 h ou que l’on part à 16 h, estime Catherine Dameron. L’enjeu est que les salariés sortent de ce carcan. Côté entreprises, il faut aussi qu’il y ait suffisamment de souplesse sur les plages de présence horaires imposées pour que les salariés puissent pleinement jouer la carte du décalage des horaires ou du télétravail en heure de pointe. » Une heure de télétravail le matin, ça peut être une demi-heure de trajet en moins pour la personne qui a décalé ses horaires, et pour ceux qui n’ont pas le choix, de meilleures conditions de circulation.

Le télétravail en heure de pointe testé au CDG35

Le télétravail aux heures de pointe est l’une des quatre expérimentations menées de novembre 2019 à mars 2020 par le centre de gestion de la fonction publique territoriale d’Ille-et-Vilaine (services aux collectivités). Quelque 120 salariés y travaillent, une grande majorité d’entr’eux arrivant entre 8h20 et 8h25. « Nous avions alors déjà 35 personnes en télétravail 1 jour/semaine, précise Ludivine Launay, responsable du service Ressources. Nous avons proposé la semaine avec 2 jours de télétravail (2 testeurs), la journée de télétravail mobile (forfait de 4 jours mensuels - 20 testeurs), le nomadisme (10) et le télétravail en horaires décalés (10). » Le nomadisme entend limiter les déplacements inutiles : « ne pas venir au bureau le matin pour repartir une demi-heure après à un rendez-vous près de son domicile ou rentrer directement après un rendez-vous et faire son compte-rendu chez soi ».

Pour le télétravail en horaires décalés, les testeurs étaient invités à travailler chez eux de 8h à 9h ou de 16h30 à 17h30, pour éviter de contribuer aux congestions de circulation. « Les personnes ne voyaient pas bien comment utiliser cette heure. Commencer à travailler sur un dossier complexe ? Traiter ses mails ? encore faut-il en avoir suffisamment… Par ailleurs, quand on est sur la route entre 9h et 9h30, on est plus susceptible de recevoir des appels qu’entre 8h et 8h30. Cela fait reposer sur les collègues présents au bureau une organisation personnelle. Une situation pas toujours bien perçue selon les services. » Le télétravail en horaires décalés demande à bien être intégré dans l’organisation des services. L’expérimentation a concerné trop peu de personnes pour avoir un impact visible sur les congestions. « Par contre, individuellement les agents ont apprécié de mettre moins de temps à venir au travail/rentrer chez eux. »

Quant au confinement, « il aura toutefois contribué à réaliser que l’on peut être efficace chez soi, même sur une heure, ainsi qu’à dédramatiser l’absence physique au bureau. »  Le télétravail en horaires décalés, comme les 3 autres testées, vont désormais faire partie de la palette de solutions proposées aux agents du CDG35.

Monique Guéguen

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