Le Colombier : des appart' à part

Sport et culture
Avec l'exposition "Appartement témoins", l'artiste Vincent Malassis nous ouvre les portes du Colombier, quartier à part, né au coeur des années 1970
Avec l'exposition "Appartement témoins", l'artiste Vincent Malassis nous ouvre les portes du Colombier, quartier à part, né au coeur des années 1970 (Vincent Malassis)

Si sa grande dalle peut laisser le visiteur sur sa faim, le quartier du Colombier se nourrit de l’histoire de ses habitants arrivés au milieu des années 1970. Avec l’exposition « Appartement témoins », l’artiste Vincent Malassis nous ouvre les portes de ces appart’ à part, et la mémoire de ces témoins d’une époque un peu utopique.

Un carré de moquette bien épaisse, un lé de tapisserie fleurie à souhait, des tirages Argentic grands formats nous renvoyant à nos chères cartes postales rétro… Greetings from the Colombier, ce corps urbain né au milieu des années 1970 et resté un peu hors du temps.

Le décor de l’exposition « Appartement témoins » est ainsi planté dans la petite salle d’expo du Phakt, et les baisers, adressés par Vincent Malassis, artiste en résidence dans le quartier depuis l’été 2019.

Vue à l'intérieure de la galerie
Greetings from the Colombier, ce corps urbain né au milieu des années 1970 et resté un peu hors du temps (Vincent Malassis)

Des immeubles de standing, une mémoire populaire

« À l’occasion de nos rencontres avec les habitants, nous avons senti leur besoin de parler de l’histoire du quartier, de son âme et de sa mémoire », pose Richard Guilbert, responsable de l’action culturelle au Phakt. Un vieux prospectus, une photo un peu jaunie… Pierre qui roule amasse la mousse, le centre culturel-maison de quartier a commencé à collecter cette mémoire en puzzle, éparpillée dans les arrière-cours du grand ensemble dessiné par Louis Arretche. Pour recoller les morceaux et raconter cette histoire en creux, l’équipement a eu la bonne idée d’éditer un journal (Pass Muraille) et d’alimenter un site dédié à l'histoire du quartier Colombier (en cours de construction).

Vincent Malassis a donc profité de l’été 2019 pour arpenter le quartier. Un réseau d’habitants s’est constitué et des liens se sont tissés, à l’occasion d’une soirée projection de diapos ou dégustation de galettes. Parmi eux, monsieur Tumoine, radieux dans son fauteuil et fier dans l’objectif de l’artiste fougerais. « Monsieur Tumoine a 89 ans, il a fait son service militaire dans la caserne du Colombier. Il est peut-être tout simplement le premier habitant de la tour de l’Éperon ! » Et Vincent Malassis d’ajouter :  «J’ai choisi l’Argentic pour retrouver le grain de l’époque. En même temps, il y a quelque chose d’intemporel dans ce quartier, comme si rien n’avait changé. »

Un visiteur devant une photographie
Vincent Malassis a opté pour l'Argentic afin de retrouver le grain de l'époque (DR)

Je t’aime moi non plus

« Le Colombier était très à la mode dans les années 1970, enchaine Richard Guilbert. Avec ses voitures totalement absentes, ce modèle d’urbanisme sur dalle renvoie à une utopie urbaine, mais celle-ci a vite montré ses limites. »

Venteux, minéral, labyrinthique, le quartier accumule les griefs et les regrets nostalgiques. « Le Colombier a souffert des modifications apportées au projet initial. En fait, il est le fruit de deux projets immobiliers très distincts et juxtaposés entre eux. » En attendant, ses immeubles de standing d’une blancheur immaculée continuent de cultiver leur côté « Star War » et leur look seventies, pour le plus grand plaisir de ses 8000 habitants. Une manière de dire que si sa dalle peut-être mal aimée, le quartier peut aussi être adulé telle une idole. Quelle est cette étrange croix, à l’entrée de l’exposition ? Un clin d’œil à la religion Arretche, dont la tour de L’éperon, véritable fleuron architectural, serait l’église ? « Elle renvoie aux croisillons des fenêtres typiques de ses immeubles. Ce module architectural a été spécialement inventé par l’architecte pour créer un effet d’optique et baisser artificiellement la hauteur des immeubles. » Trucage, effet d’optique, artefact… L’histoire du Colombier est quant à elle bien réelle et mérite bien une petite messe pour le temps présent.

"Appartement témoins", exposition de Vincent Malassis, jusqu'au 23 mai, au Phakt. Entrée libre. www.vincentmalassis.com / www.phakt.fr

Pour explorer l'histoire du quartier Colombier, un site alimenté par les archives et les contributions des habitants: unehistoiredequartier-colombier.org

 Jean-Baptiste Gandon