La danse hip-hop rentre en Trans

Sport et culture

Avant de devenir une idole internationale de la danse hip-hop, Mike Hayford a usé ses baskets sur la dalle du Colombier, quand il était ado. Vingt ans après ses débuts, le roi du « popping » et les Zombeavers sont adulés, et viennent  créer l’événement aux Trans.

Mike Hayford, prince du popping
Mike Hayford, prince du popping (Jean-Baptiste Gandon)

Si la passion n’a pas de prix, celle de Mike Hayford lui a valu une flopée de prestigieuses récompenses : au B-boy summit de Los Angeles, en 2004 ; au U.K B-Boy championship de Londres, en 2005 ; au Dance delight de Tokyo, en 2006, où il reçut un award ; au Step ya game up de New-York, en 2018… Comme compétiteur, le Rennais de 35 ans a tout raflé, ou presque. Le danseur figure aujourd’hui le top du « popping », un style chorégraphique funk né en Californie dans les années 1970.

Top of the popping

Mais avant d’assouvir son rêve californien, il y a d’abord eu un rêve armoricain, nourri depuis  vingt ans avec Bruce Chiefare, son complice de toujours, au pied des tours du quartier Villejean. « J’ai commencé à l’âge de 14 ans », confirme Mike Hayford. Le pygmalion de la jeunesse hip-hop rennaise ne se nomme pas Quincy Jones, mais André Descamps. « Nous dansions à 'La cave à musique', dans le sous-sol de la maison de quartier ; au parc du Berry ; dans le Hall de l’Université et aussi dans ceux des immeubles… » Ces lieux se souviennent encore des insatiables sessions d’une bande de jeunes rennais qui plus tard, enflammeront les planchers du monde. « Il y a aussi eu la dalle du Colombier… Nous étions cinq, toujours les mêmes. De 1998 à 2016, cet endroit est devenu le lieu mythique de la danse hip-hop à Rennes. Des légendes sont même venues s’y entraîner. La dalle du Colombier, c’est le Châtelet-Les Halles de Rennes. »

 

Événement à côté de l'événement, la venue de Blanca Li et de son spectacle "Elektrik"
Événement à côté de l'événement, la venue de Blanca Li et de son spectacle "Elektrik" (DR)

L'attache bretonne

« J’ai fait une grosse carrière dans la compétition. Désormais, j’ai envie de passer à autre chose : penser à la transmission, développer la culture de la danse hip-hop… » Avec son association West coast project, créée en 2014 en collaboration avec Doc Brown, ou avec son crew, les Zombeavers, née l’année suivante. « L’originalité de cette compagnie, c’est son ouverture. Ses six membres développent des styles différents, comme le break ou le locking. Chaque danseur y creuse son sillon. »

Si il regarde vers l’Amérique, Mike n’oublie pas que c’est en Armorique que tout a commencé, il y a 35 ans, dans une famille originaire du Ghana, nourrie à la danse et à la musique funk. « La Bretagne est très importante pour moi. Quand on a commencé, on se moquait de nous, ça n’a pas été facile. » Vingt ans plus tard, il rêve de donner à Rennes ce que la ville de Lyon possède déjà avec les Pokemon. « La Bretagne cherche encore sa compagnie phare, à nous de tout faire pour lui en donner une. La culture hip-hop est très riche à Rennes, et pourtant, elle ne bénéficie pas de la même reconnaissance que le rock. »

Les Trans, Mike Hayford les a déjà pratiquées, comme danseur. C’était en 1998, au sein de la compagnie Danseur imperial 35, dirigée par André Descamps. Vingt ans plus loin, il remet le couvert comme chorégraphe, et s’apprête à faire sauter le couvercle, sur la scène du Triangle, avec les Zombeavers. « Je pensais faire la première partie de Blanca Li, mais les Trans m’ont dit qu’on était au même niveau sur l’affiche, ça met la pression ! » Une bonne manière de mettre les Trans en danse.

Zombeavers (extrait de 10 mn d'une création en cours) + Bianca Li, ven.7, 20h, et sam. 8, 18h, au Triangle, dans le cadre des TransMusicales. www.lestrans.com

 

Jean-Baptiste Gandon

Une histoire de Trans en danse

Blanca Li présente Electrik, sublime ballet de bras électro
Blanca Li présente Electrik, sublime ballet de bras électro (DR)

Directrice de la production et de l'accompagnement artistique aux Trans, Sandrine Poutrel y est aussi responsable de la programmation chorégraphique depuis plus de dix ans. "Madame danse" a répondu à nos questions.   

Les Trans et la danse hip-hop, c'est une histoire qui dure ?

Il y a déjà eu des choses dans les années 1990, notamment dans le cadre de Quartiers en Trans. L'idée a été abandonnée puis elle est revenue au milieu des années 2000. Cela fonctionne hyper bien. Le Triangle, qui accueille nos spectacles, est le plateau idéal pour la danse. En outre, cette programmation prend tout son sens dans le quartier du Blosne, où les cultures urbaines s'expriment fortement. C'est une bonne chose que des artistes prestigieux comme Blanca Li se produisent là et pas ailleurs. 

La danse hip-hop est-elle assez visible à Rennes ?

On avance bien. La danse hip-hop a longtemps manqué de structuration. De fait, beaucoup de danseurs sont partis travailler ailleurs. Des gens comme Mike (Hayford) ou Bruce (Chiefare) ont fait le tour du monde, mais ils sont de retour avec des projets pour Rennes. Ces artistes ont envie de rendre à la ville ce que cette dernière leur a donnée. Enfin, l'arrivée d'un collectif hip-hop (Faire) aux rênes du Centre Chorégraphique National de la Région Bretagne (CCNRB) est une confirmation de la légitimité de cette forme d'expression artistique. 

Quelques mots sur la programmation 2018 ?

Blanca Li nous présentera sa dernière création, Electrik. Un spectacle très électro, et un ballet de bras hypnotique, à voir absolument. La compagnie Zombeavers nous dévoilera quant à elle un extrait de sa prochaine création en cours. Vingt ans après les débuts de Mike Hayford, c'est un coup de projecteur logique sur des artistes qui comptent beaucoup pour Rennes.