Au centre d’hébergement d’urgence «une respiration pour les familles»

Santé et social
famille migrante dans un logement d'urgence
Les devoirs en famille au retour de l'école. Un temps de vie "normale" pour ces familles qui dormaient à la rue ou dans une voiture (AC. Estève )

Le premier Centre d’hébergement d’urgence géré par la Ville de Rennes a ouvert ses portes le 2 novembre, dans le quartier du Blosne, rue Estrémadure. Créé pour mettre à l’abri des familles avec enfants en situation d’urgence, il peut accueillir jusqu’à 100 personnes (hors période de confinement). Avec un objectif : trouver des solutions à plus long terme. 

L’immeuble de quatre étages se dresse face à la caserne de pompiers. Un lieu niché dans la verdure, quartier du Blosne. Depuis le 2 novembre 2020, l’édifice réhabilité par Archipel Habitat est devenu un Centre d’hébergement d’urgence (CHU) à destination de familles sans hébergement. 

Guillaume Girard en est le coordinateur. Il s’installe, masqué, sur l’un des fauteuils de la salle commune du rez-de-chaussée, vidée de toute autre présence, confinement oblige. Et récapitule : « À l’heure actuelle, onze familles sont logées ici. Soit 42 personnes sur une capacité maximale de 100. Dans toutes ces familles, il y a un ou des enfants mineurs. Cela va du bébé de deux semaines à l’adolescent de 16 ans. » Chaque appartement est composé de chambres avec trois à quatre lits. Salon, salle de bain et cuisine sont partagées entre plusieurs familles. Puisque le lieu vient d’ouvrir, les installations vont bon train : jusqu’à trois par semaine. 

Prendre en charge ceux qui ne le sont pas

Gérer l’hébergement d’urgence est une compétence de l’État. Mais face au manque de places et pour ne pas que des enfants et leur famille dorment à la rue, la Ville de Rennes a souhaité s’impliquer, dès 2014, via son dispositif de mise à l’abri. Aujourd'hui, 800 personnes sont mises à l'abri. « Le bâtiment qui abrite l’actuel CHU a été squatté jusqu’en septembre 2019 par des personnes migrantes sans logement, alors même qu'il avait vocation à devenir un Centre pour demandeurs d'asile, géré par une association  », détaille Claudine Paillard, directrice du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de Rennes.
La mairie a alors eu l’idée d’en faire plutôt un CHU pour augmenter le nombre de places dans le dispositif municipal de mise à l’abri. »
Dans ce dispositif, le CHU est la dernière solution. Il pare, comme son nom l’indique, à une situation d’urgence. C’est pourquoi les familles ne s’installent pas dans la durée à l’Estrémadure. « En temps normal, il s’agit d’un hébergement de 15 jours, renouvelable une fois, indique Guillaume Girard. Mais cette règle ne s’applique pas pendant le confinement. »

Traversant le couloir, le coordinateur tourne les clés dans la porte ornée d’une affichette « Porquerolles ». Dans le bâtiment, chaque appartement a le nom d’une île. Celui-ci est un T5 actuellement inoccupé, où l’odeur de peinture flotte encore. « Ce logement est particulier car c’est vraiment de l’appoint, détaille-il, en désignant des lits superposés. Jusqu’à 20 personnes peuvent être logées ici. Avec une seule famille par chambre. » Continuant la visite, Guillaume Girard ouvre la bagagerie : « Ce lieu est nécessaire car les familles arrivent avec ce qui constitue toute leur vie. » 

Au centre d'hébergement d'urgence : l'équipe d'accompagnement
L'accompagnement social va de pair avec le logement d'urgence. Au rez-de-chaussée du bâtiment, il est assuré par les agents du CCAS et les associations partenaires. (AC. Estève)

Être à l’écoute et savoir orienter 

Dans le hall, une habitante discute avec les agents d’accueil et d’intendance du centre. Morgane et Florent assurent cette « fonction support », logistique et humaine. « Nous sommes une oreille attentive, racontent-ils. Il faut savoir écouter la détresse des gens au parcours cabossé. » Le coordinateur du lieu ajoute : « Nous offrons aux familles une respiration. Certaines s’installent ici les larmes aux yeux car c’est un soulagement et la fin d’une incertitude. » 

En ce moment, Morgane et Florent sont sollicités pour aider à l’inscription des enfants dans les établissements scolaires. Mais ils ont également pour rôle d’informer et d’orienter les familles vers les structures à même de les aider. Où récupérer une aide alimentaire? À quel endroit laver son linge? À qui s’adresser pour être aidé dans des démarches auprès de la préfecture ?, etc… 
    À quelques encablures du CHU, le Centre Social Ty-Blosne fait partie de ces aides précieuses. Nathalie Gandubert, conseillère en économie sociale et familiale, y travaille depuis bientôt quatre ans. Elle confie : « Il est certain que des personnes du CHU viendront au centre social une fois le confinement levé. Elles trouveront de l’aide mais en donneront aussi car, pour les gens dans ce genre de situation, il est important de montrer qu’ils s’investissent sur le territoire. »
Parmi les services accessibles à Ty-Blosne, l’aide d’un informaticien permet de réaliser certaines démarches en ligne. « Nous proposons également des ateliers de français pour tous niveaux, reprend Nathalie Gandubert. Les personnes en hébergement d’urgence ne restent parfois que quelques semaines avant de partir ailleurs. Mais nous sommes là pour les aider du mieux possible, car connaître la langue est primordial pour obtenir des papiers français. »  

« Nous avons tout quitté pour choisir la liberté »

Dans le cas de Malik, sa femme Tara (prénoms modifiés) et de leurs trois filles, le français est déjà maîtrisé. La famille installée au dernier étage est arrivée en France en juillet 2018, laissant derrière elle sa vie en Géorgie. « Quitter notre pays fut une décision extrêmement difficile, se remémore Malik. Mais nous n’étions plus en sécurité. J’occupais un poste de logisticien qui m’assurait un bon revenu et nous avons tout quitté pour choisir la liberté. »
Installé autour de la table du salon, l’homme aux cheveux poivre et sel soigneusement peignés se lève pour récupérer une pochette rouge où sont rangés tous les documents délivrés depuis leur arrivée en France. Ils témoignent d’un chemin tout sauf linéaire.  

Paris, Vannes, Séné puis Rennes. La famille s’est investie localement dans des associations, a été bénévole lors d’événements culturels. Et leurs enfants ont brillé dans des activités extra-scolaires, l’une de leur fille devenant championne départementale d’échecs.
Mais l’instabilité continue et, lorsqu’elle arrive à Rennes, la famille n’a d’autre choix que de dormir dans sa voiture. Les appels au 115 (le numéro à joindre pour un hébergement d’urgence géré par l’État) restent vains. Ils entrent en contact avec Morgane Le Calvez, chargée de coordination dans le dispositif de mise à l’abri de la Ville. Elle détaille : « Chaque semaine, j’effectue des entretiens avec des familles. Si je constate l’absence de solution d’hébergement par l’État, je peux les orienter vers le CHU. La décision prise, l’installation peut se faire quelques heures plus tard. Ce fut le cas pour cette famille. » 

Un engagement : trouver une porte de sortie

Une fois dans le centre, l’objectif est de trouver une solution à plus long terme. C’est ce qu’explique Wendy Blanchet, responsable du dispositif de mise à l’abri : « Le centre est un premier accueil d'urgence. Durant sa présence au centre, nous mettons la famille en lien avec les acteurs du territoire pour trouver une porte de sortie. Cela peut se concrétiser via des connaissances ou des associations ou en resollicitant l'Etat. Si rien n’émerge, alors nous les orientons vers les autres types d’hébergement de notre dispositif : des hôtels à moyen-terme et des logements à plus long-terme. » 

Au quatrième étage du CHU, les filles de Malik viennent de rentrer de l’école, accompagnées par leur mère Tara. Le père de famille reprend : « Nous nous sentons aidés et en sécurité ici. Je suis très reconnaissant pour cela. Maintenant, nous avons hâte de pouvoir reprendre des activités une fois le confinement levé. Comme tous les Rennais », sourit-il.  

Benjamin  Monnet